Quand j’étais enfant, on ne parlait pas d’hypersensibilité.
Les enfants trop sensibles devaient être endurcis, au rythme d'être engloutis par le monde sans pitié des adultes.
J’ai grandit en entendant ces phrases assassines, sournoises, pour la petite fille sensible que j'étais:
“pleure, tu pisseras moins au lit”,
“arrête de faire ta timide”,
“c’est qu’un chat, il fallait bien qu’il meure un jour”,
“14/20? tu n’avais pas révisé ou quoi?
Ce n’est qu’une fois adulte, en arrête maladie pour burn out, que j’ai cherché à comprendre comment c’était possible d’en arriver là, à 28 ans?
Moi qui avait tout pour réussir, je n’arrivais pas à être heureuse.
C’est à ce moment-là que j’ai découvert l’hypersensibilité.
Mon hypersensibilité.
Je me suis sentie soulagée: j’étais bizarre, mais on était nombreux!
Pour me comprendre, j’ai enchainé les thérapies, lu beaucoup de livres, cheminé de séminaires en formations.
Un jour, j’ai entendu parler de l’enfant intérieur.
Cette petite fille blessée qui cherchait à guérir en se sur-adaptant.
Ces petites phrases sont revenues dans ma tête.
Je me suis tout de suite reconnue dans ma quête: c’était à elle que je parlais quand je me motivais pour aller mieux.
Et c’était elle qui pleurait la nuit dans la douleur de mes colères.
C’est aussi à elle que je parlais quand j’étais enfant.
Je vais te faire une confidence: je lui avait même donner un prénom.
Elle s’appelait Constance.
Parce que elle, elle était constante.
Sans émotion.
Elle a été mon faux self dans ma vie de jeune adulte: comme un masque que je portais face au monde.
Mais un jour, elle n’a plus suffit: elle m’a cloué au lit.
Un de ces passages noirs de l’âme…
La petite fille en moi avait besoin d’être bercée, câlinée, entendue.
Une bonne fois pour toutes.
Alors j’ai pris par la main mon enfant intérieur.
J’ai été une adulte bienveillante, patiente, rassurante.
J’ai beaucoup galéré au début, mais j’ai fini par trouver ma méthode, ma patte à moi.
Je me suis autorisé à aider d’autres femmes à faire la paix avec leurs petites filles.
Consultation après consultation, nous avons soigné leurs blessures d’enfance.
C’était dans l’intimité de mon cabinet.
Je le faisais en secret et ça m'allait bien comme ça.
Un jour, j’ai osé en parler face à la caméra.
Pour expliquer avec mes mots à moi à celles qui en avaient besoin.
Parce qu'il y avait tant de femmes qui souffraient en silence que je ne pouvait plus me taire.
J’ai partagé des exercices simples pour permettre à chacune de dialoguer son enfant intérieur.